Shopping Cart
Your Cart is Empty
Quantity:
Subtotal
Taxes
Shipping
Total
There was an error with PayPalClick here to try again
CelebrateThank you for your business!You should be receiving an order confirmation from Paypal shortly.Exit Shopping Cart

  Conservatoire de la Résistance

et de la Déportation des Deux-Sèvres

Lageon 3 octobre 2021

La cérémonie commémorant le 73ème anniversaire du Mémorial de Lageon et le 78ème anniversaire des arrestations des résistants de Lageon s’est déroulée le 3 octobre 2021 à 11h00 en hommage aux résistants morts en déportation des arrondissements de Bressuire et de Parthenay.

Cette manifestation mémorielle se déroule en présence d’Emmanuel Aubry préfet des Deux-Sèvres, de Philippe Mouiller et Gilbert Favreau sénateurs, de Coralie Dénoues présidente du Conseil Départemental, de Jean-Yann Martineau maire de Lageon, de Pascal Hemmerlé Délégué Militaire Départemental adjoint et d’un piquet d'honneur de l'École Nationale des Sous officiers d'Active de Saint Maixent. Plus de 50 porte-drapeaux dont Laurent Jouffrault portant le drapeau du Conservatoire de la Résistance & de la Déportation des Deux-Sèvres sont positionnés de part et d’autre du Mémorial. Michel Dabin en est le maître de cérémonie. Les autorités civiles, militaires et religieuses dont le Padre Jean-Yves Ducourneau, les membres du Conseil Municipal de Lageon, les élus, les présidents des associations combattantes, patriotiques et de mémoire dont Bernard Audusseau, président de l’Union Départementale des Anciens Combattants et Victimes de Guerre des Deux-Sèvres, les familles des résistants déportés, les enseignants et leurs élèves et le public composent l’assistance. Les élèves du Syndicat intercommunal à vocation unique l’Ajonc et Le Roseau lisent des poèmes écrits par des résistants dans les camps de concentration. Les élèves du lycée Ernest Pérochon de Parthenay poursuivent par la lecture d’un texte sur la résistance. Puis Jean-Pierre Corlay-Questel, adhérent du Conservatoire livre son témoignage.

C’est dans un recueillement sincère et respectueux que l’assistance écoute attentivement ce poignant témoignage. Puis Dominique Boutin-Garcia interprète le Chant des partisans en hommage à tous ces héros courageux, martyrs de la résistance. Ensuite Jean-Yann Martineau, maire de Lageon évoque les faits de résistance du réseau Organisation Civile et Militaire de Lageon qui se clôturèrent par l’arrestation de sept résistants tous morts en déportation. Puis est interprété le Chant des Marais en mémoire des déportés. L’allocution du Préfet clôture ce temps de lecture. Christian Cailleau, administrateur du Conservatoire petit-fils d'Ernest Cailleau résistant mort en déportation et Claude Cousseau fils d'Élie Cousseau résistant déporté procèdent à l'appel des 55 noms de résistants de ce Mémorial morts pour la France. Le dépôt des gerbes dont celle de la communauté anglaise par le capitaine William Rowe, la minute de silence, la Marseillaise, les différents remerciements ponctuent cette cérémonie. La Présidente du CRD79 remercie toutes les personnes qui de près ou de loin ont permis de commémorer le souvenir de Marie Berthou et des 54 autres résistants morts en déportation dont les corps ne sont jamais rentrés : les élèves, la cantatrice, le responsable de la sonorisation Jean-Pierre Leveillé, les élus du Conseil Municipal de Lageon et les administrateurs du Conservatoire. Un prompt rétablissement est souhaité au porte-drapeau victime d’un malaise très vite pris en charge par le personnel médical présent et par les sapeurs-pompiers.

Françoise Basty Soldat de France Section Niort

Présidente du Conservatoire de la Résistance & de la Déportation des Deux-Sèvres et des régions limitrophes


Témoignage de Jean-Pierre Corlay-Questel à Lageon le dimanche 3 octobre 2021
  • Du plus loin que je me souvienne, c’était l’été 1943, nous arrivions à Redon dans l’Ille-et-Vilaine. J’avais un peu plus de deux ans, j’étais dans les bras d’Hubert quand il ouvrit la porte de la maison où j’aperçus un enfant, sa fille aînée.
  • Depuis ma naissance en 1941, ma mère biologique, Maria m’avait confié aux services sociaux de l’Assistance Publique du Mans dans la Sarthe. Et là, mon oncle, enfin… Hubert, cheminot à la SNCF, était venu me chercher. Son épouse, Anne, ma tante, la sœur de Maria, voulait m’élever. Le trajet Le Mans-Redon s’effectua en train, dans un hamac confectionné par Hubert, ancien de la Marine. A l’arrivée en gare de Redon, un conteur breton lui confia une somme d’argent équivalente à un mois de salaire de cheminot pour m’habiller et m’éduquer. Cet inconnu très âgé avait été touché par le bébé tout maigrichon que j’étais et par mon histoire.
  • Avant d’entrer à la SNCF, Hubert, électricien travaillait chez Auriot sur un terrain occupé par les allemands, où des actes de résistance s’opéraient.
  • Une nuit de septembre 1943, un bombardement et les sirènes nous réveillèrent brutalement et nous nous réfugiâmes sur la colline « les Buttes de Beaumont ». Les bombardiers passèrent 50 fois sur l'estuaire, détruisant totalement Saint-Nazaire et tuant 573 civils.
  • En juin 1944, maman m’emmena voir les américains passer : c’était des extraterrestres.
  • Pendant que je grandissais, mes parents accueillaient souvent une dame mystérieuse avec laquelle ils souhaitaient que je noue un lien.
  • En 1945, papa fut muté à la Gare de Vannes : nous logions dans des baraquements en bois, conçus initialement pour les réfugiés des Ardennes, finalement partis vivre à Lorient. Le temps des travaux, nous vivions chez la mère d’Hubert à Arradon, où je vis le seul uniforme militaire allemand de ma vie : deux soldats à vélo tombèrent dans le lavoir. Ils arrivèrent chez ma grand-mère en hurlant et ordonnèrent aux femmes de les nettoyer. Je vis également les lueurs du bombardement de Saint Nazaire.
  • A Vannes, sur le chemin de l’école maternelle, nous avions sympathisé avec une grande dame brune, très belle. Parfois, des projecteurs éclairaient le ciel et les bombardiers passaient au-dessus de nos têtes dans un bourdonnement incessant. Au printemps 1945, je fus surpris de voir la grande dame brune avec le crâne complètement rasé, mais maman ne me donna aucune explication.
  • Après la guerre, nous rendîmes hommage aux fusillés de la carrière de Chateaubriand « assassinés » pour notre Liberté : nous vîmes les poteaux d’exécution où ces martyrs payèrent de leur courage et de leur vie. Plus tard, nous visitâmes également le village martyr d’Oradour sur Glane où périrent tous les villageois dans la férocité des troupes SS. Nous vîmes toutes les inscriptions « morts par les boches », « assassinés « sur les tombes : c’était DOULOUREUX !
  • En 1950, à l’école primaire, tout se passait bien même si je ne portais pas le même nom que mes frères et sœurs : je mangeais, j’avais le sourire de maman, j’étais heureux.
  • En 1953, maman Anne m’annonça la naissance d’une cousine, la fille de Maria. Ma mère s’était mariée avec Jean, un italien qui, très jeune, avait fuit le régime fasciste de Mussolini. Ils essayaient de me lier avec ma cousine et cela me paraissait naturel. Mais un jour, maman me dit « tu sais, je ne suis pas ta maman », ce que je refusai immédiatement. Plus tard, elle m’apprit que j’étais le fils d’un allemand. Maria avait transgressé tous les interdits en « fautant » avec l’ennemi.
  • Au collège technique de Vannes où je préparais un CAP de menuiserie, tout se passait bien sauf en français, comme d’habitude. En présentant une queue d’aronde apparemment réussie, le professeur d’atelier me dit : « tu aurais été allemand, tu n’aurais pas mieux fait ».
  • En 1961, lors de mon service militaire dans l’aviation à Mérignac, un adjudant-chef me confia que pendant la guerre, quand il descendait un allemand, il mettait une croix sur la crosse de son fusil, me laissant sans voix. Au plus profond de moi, je savais que j’étais fils de boche.
  • Ensuite, ma carrière à la SNCF commença. Souvent le week-end, j’allais voir ma « cousine », Maria et Jean, jusqu’au jour où celui-ci me dit « ah oui les bâtards !».
  • Affecté aux ateliers de Thouars de la SNCF, j’ai pu me rapprocher de Christiane Pichot rencontrée au cours d’un tournoi de basket. Au regard de son histoire familiale, elle décida de taire mes origines allemandes à ses proches. En 1965, je rencontrai Gérard et Léonce Pichot, le père et grand-père de Christiane dont j’ignorais jusqu’alors leur passé de déporté et ni ce que cela signifiait.
  • Dans les années 1990, une amie contacta l’organisme « WAST » à Berlin qui détient un fichier de plus de 18 millions de fiches de soldats de la Wehrmacht des deux guerres mondiales.
  • Ainsi mon père Peter était vivant et demeurait à Cologne en Allemagne. Tout juste marié en 1939 et père d’un garçon, il fut incorporé dans l’infanterie allemande. En 1940, Peter était infirmier et chauffeur d’un médecin capitaine dans un régiment qui faisait partie des troupes d’Occupation en Bretagne. Il logeait à Sainte Anne d’Auray chez la mère de Maria, ma grand-mère maternelle, où il fit sa connaissance. En juin 1941, Peter fut affecté sur le front Russe suite aux représailles liées à ma naissance. En mars 1942, il était basé en Pologne pour y soigner ses pieds gelés puis en Autriche pour un éclat d’obus reçu dans le cou. En septembre 1944, il fut caporal-chef dans une section de chars de combat près de Francfort en Allemagne. Dès le 2 avril 1945, l’Allemagne étant occupée par les armées alliées, Peter fut arrêté par le général américain Patton et envoyé dans un camp de détention au Mans. Ces militaires étaient gardés par des anciens déportés, dont Jean-Maurice, le meilleur camarade de Gérard Pichot, chargé de vérifier la présence de SS. Peter fut transféré à La Flèche, puis Rennes et enfin à Toulouse où les prisonniers formaient une précieuse main d’œuvre. Il fut libéré de toute captivité en septembre 1947. En 1952, Peter voulut retrouver Maria et retourna à Sainte Anne d’Auray avec sa mère d’origine alsacienne qui parlait très bien français. En interrogeant la population, il subit silence et mensonges. Leur présence n’était pas la bienvenue dans la famille de Maria où ses frères avaient été faits prisonniers dans la poche de Dunkerque. Peter repartit très déçu en Allemagne.
  • Je n’ai jamais eu la chance de le rencontrer. Mais en 1996, Peter m’envoya un courrier tendre et sincère précisant la fragilité de sa santé suite à l’émotion ressentie en apprenant mon existence.
  • En août 2008, je me recueillis à Cologne sur la tombe de mon père Peter et celle de ses parents. Je déposai une rose et répandis du sable de Sainte Anne d’Auray selon le souhait de ma mère « en souvenir de cinq mois de grand amour ». J’y glissai une lettre avec mes coordonnées au cas où quelqu’un souhaiterait me connaître...
  • Le 11 avril 1995, j’accompagnai Gérard Pichot et sa famille dont Michel Douarre au 50ème anniversaire de l’ouverture du camp de concentration de Buchenwald, de ses kommandos et du tunnel de Dora en Allemagne, où il était passé avec Léonce et 38 résistants des 55 inscrits sur ce Mémorial. Ces moments d’émotion inoubliables sont très importants pour moi, tout comme ma présence ici à Lageon tous les ans.
  • Léonce et Gérard Pichot firent preuve d’une grande tolérance en m’accueillant dans leur famille en tant que fils de soldat allemand. C’était leur manière de sceller l’amitié franco-allemande et de respecter la volonté des déportés survivants de CONSTRUIRE UN MONDE NOUVEAU DANS LA PAIX ET LA LIBERTE en hommage à toutes les victimes de la brutalité nazie. En 2003, dans le film « Enfants de Boches » de Christophe Weber et Olivier Truc, Gérard expliqua que mon père physiologique n’était pas un SS, mais un simple soldat, appelé à participer à la guerre.
  • Je suis Bleu ! Blanc ! Rouge ! Je n’ai jamais été allemand mais je n’ai jamais condamné mon père. Ce sont mes convictions innées et mon idéal de toujours, au regard de mon éducation et des valeurs portées par mon papa Hubert. J’adhère au Conservatoire de la Résistance & de la Déportation des Deux-Sèvres et au Centre Régional Résistance & Liberté pour faire vivre cette mémoire et transmettre cette histoire, comme en écho des propos de Gérard Pichot, mon beau-père : « Ni Haine, Ni Oubli ! ».

0