Conservatoire de la Résistance
et de la Déportation des Deux-Sèvres  
 

Cliquez ici pour modifier le sous-titre

                         Secondigny, 29 avril 2018, journée de la déportation



Dimanche 29 avril se déroulait à Secondigny une double cérémonie : l’inauguration d’une stèle de la Résistance et d’un pupitre expliquant les diverses actions de la Résistance dans le canton de Secondigny et la commémoration de la journée de la Déportation, en présence des autorités départementales, cantonales, locales et des associations de résistants et déportés.
Une trentaine d’élèves de 3ème du collège Louis Merle de Secondigny ont participé à cette cérémonie, certains y ont lu des textes choisis par Mme Migeon - Basty, venue cette semaine présenter au collège le film documentaire qu’elle a réalisé sur son grand-père François Migeon, ancien combattant de 14-18, résistant,  mort en déportation.
On ne peut que saluer ce bel engagement dans le cadre du Parcours Citoyen, salué par les représentants de la commune, du département, du Sénat mais aussi par Michel Clisson, président du Conservatoire de la Résistance.


                                         Intervention de Françoise Basty, petite fille de déporté NN, mort en déportation

Mesdames, Messieurs,

Chers amis, familles de résistants et déportés,

 

Cette stèle grave dans la pierre le souvenir de tous les faits de Résistance de cette Terre de Gâtine et s’inscrit dans les Chemins de la Liberté.

Elle évoque, entre autres, le maquis de Pultray à l’orée de la forêt de Secondigny, frontière du Rétail, du Beugnon et de Fenioux. Premier lieu de rassemblement des maquisards Francs-Tireurs et Partisans des Deux-Sèvres, où Maurice CROIZE, René JULE, Bernard NOE dit NICOLE et Louis GAUTHIER dit "P’tit Louis" se terraient dans l’abri souterrain pendant les moments d’alerte.

D’autres maquis vont se développer dans la plus grande discrétion à Vernoux en Gâtine et aussi à Secondigny. Ils se composent d’anciens combattants de la Première Guerre Mondiale hantés par ceux qui n’en sont pas revenus, mais aussi de jeunes réfractaires au Service du Travail Obligatoire et de tous ceux qui refusent de vivre sous le joug nazi.

Simples opposants au départ, ils deviennent des combattants de l’Ombre, armés grâce aux parachutages d’armes télécommandés par la résistance organisée de Londres. Leur force, la connaissance de la forêt, forteresse naturelle : quel convoi allemand oserait s’y aventurer ? Dans leur clandestinité, leurs conditions de vie sont rudimentaires : les paysans des fermes voisines les approvisionnent autant qu’ils le peuvent. La peur leur tient compagnie : peur d’être pris et torturé, peur de mourir ou d’apprendre la mort de leurs proches.

Animés d’un objectif commun : libérer leur territoire de l’ennemi Occupant, ces Résistants effectuent des sabotages et procèdent à des attaques de convoi allemand causant des pertes humaines dans les rangs de cette armée.

Ces faits se sont déroulés chez nous pendant ces années sombres qui ont marqué de leur restriction, de leur humiliation nos contemporains et leur descendance : il s’agit de nos racines, de notre Histoire locale commune qui contribue à la Grande Histoire. Soyons fiers de leurs actions. En effet, rares sont les femmes et les hommes qui à l’époque ont osé braver l’interdit au risque de leur vie et de celle de leur famille. Et pourtant, l’union de tous ces héros, connus ou discrets, au niveau national équivaut à 15 divisions d’infanterie comme l’a souligné Dwight David Eisenhower, Général des armées, commandant en chef des Forces Alliées en Europe : c’est donc plus de 375 000 résistants qui ont fait gagner du temps aux alliés estimé à plusieurs mois. Hélas, pas assez pour tous les déportés morts en pays ennemi à l’époque dont les noms de ceux de notre territoire vont être rappelés dans quelques minutes.

En effet, certains combattants de l’ombre sont devenus une ombre dans cet univers de nuit et de brouillard voulu par Hitler. Après la prison et ses interrogatoires d’une violence inouïe, les conditions pénibles des convois vers les camps de concentration, leur nom disparaît au profit d’un matricule loin de leur chère Gâtine. La carrière et ses travaux forcés, la soupe faible en calories, les coups des kapos distribués de manière aléatoire, les aboiements des chiens féroces bien nourris, l’absence d’hygiène, des températures extérieures extrêmes -20 ° Celsius l’hiver + 40° l’été sont leur quotidien. Et dans ce décor, la mort semble omniprésente avec la fumée des fours crématoires et les charniers qui prolifèrent. Le régime concentrationnaire, véritable industrie de la mort les atteint dans leur Chair, dans leur Dignité et dans leur Cœur.

Nous devons souligner leur engagement total et dévoué, leur abnégation. Leur cause était noble et juste : redonner à la France occupée sa Liberté et ses lettres de noblesse. Leur sacrifice et convictions nous honorent. Sans eux, la France ne serait plus ce cher pays des droits de l’homme et du citoyen. Grâce à eux, nous disposons du droit d’être Libres. Maintenant que les derniers témoins de cette époque disparaissent, c’est à nous, les petits-enfants, représentants de la 3ème génération, de rester vigilants face aux relents de haine, d’antisémitisme et de fondamentalisme extrémiste présents et sous-jacents.

Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons nous indigner face à l’inacceptable, nous devons oser la liberté, doser l’égalité et miser sur la fraternité pour que la Résistance de nos parents et grands-parents demeure le plus beau des héritages. 

                                                                        Crédit photos Chantal Clisson, Jean-Claude Giraud