Conservatoire de la Résistance
et de la Déportation des Deux-Sèvres  
 

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                                                   Sauzé-Vaussais, 8 mai 2018


Double commémoration à Sauzé-Vaussais : celle de la victoire du 8 mai 1945 et l'inauguration d'une balise de la Résistance et d'un pupitre expliquant les différentes actions de la Résistance dans le canton de Sauzé-Vaussais. "Cette stèle, accompagnée d'un pupitre, restera, pour les générations à venir, le témoignage du patriotisme de nos aînés" indique le maire Michel Eprinchard. L'ensemble a été dévoilé par trois enfants de l'école élémentaire : Tamara; Manon et Louna, en présence de Michel Clisson président du Conservatoire de la Résistance, Guy Moreau représentant Delphine Batho, Dorick Barillot, du major Thierry Chargelégue et de René Groussard, fils de résistant fusillé à Ruffec.
Le président de l'ANACR, Claude Gadioux tenait à rappeler " que dans le Sauzéen, ce sont deux cent femmes et hommes qui ont fait le choix de résister contre l'occupation nazie. Certains ont laissé leur vie pour un monde meilleur. Que la lumière de cette stèle et de ce pupitre rappelle à tout jamais leur action"

Allocution prononcée par René Groussard à Sauzé-Vaussais le 8 mai 2018 à l’occasion du dévoilement de la stèle commémorant les actions de Résistance du Sauzéen.

Ce n’est pas sans émotion que je prends la parole. Je suis le seul combattant volontaire de la Résistance à m’exprimer sur le lieu où mon père et ses deux compagnons, venant de livrer une camionnette d’armes au maquis seront arrêtés près de Pliboux, emmenés à Sauzé-Vaussais ici même où nous sommes, interrogés en présence du maire puis conduits à Ruffec  internés dans le château, et fusillés le lendemain 21 août 1944.

Nous sommes réunis pour rendre hommage à la France Combattante du Sauzéen,  aux résistants de l’extérieur ralliés très tôt au Général de Gaulle à Londres, aux résistants de l’intérieur, aux combattants, aux morts au combat, aux déportés et à ceux d’entre eux décédés dans les camps,  et aux fusillés, engagés individuellement ou en petits groupes ou ayant rejoint le  maquis. Toute origine professionnelle confondue, appartenant aux professions libérales ou qu’ils soient agriculteurs, ouvriers, artisans, commerçants, fonctionnaires ou pasteurs. Dans cette terre poitevine majoritairement républicaine où s’est ancré le mutualisme depuis ses origines, il ne fait guère de doute, vu avec le recul du temps, que cette doctrine reposant sur les solidarités entre les hommes  a joué un rôle majeur  dans leur adhésion à des mouvements ou à des réseaux de la Résistance et à leur rapprochement par la suite, à l’image du Conseil National de la Résistance (CNR)  dont  nous commémorerons dans quelques jours le 75ème anniversaire.

C’est un honneur pour moi de remercier devant cette stèle le Conservatoire de la Résistance et de la Déportation. Le Conservatoire, en liaison très étroite avec les associations d’anciens résistants et déportés et de leurs descendants, avec les autorités civiles et militaires, l’ODAC, et bien évidemment les municipalités, ont ensemble, avec constance, détermination et savoir-faire, su  tracer le chemin de la mémoire sur lequel nous nous trouvons  par des monuments élevés dans tout le département t. Nous lui devons ainsi qu’à son président Michel Clisson toute notre reconnaissance. Nous nous sommes connus à Paris dans les instances du Comité d’Action de la Résistance, le CAR, ainsi qu’à l’association des médaillés de la résistance. A titre personnel et au nom de la commission nationale de la Médaille de la résistance créée par le Général de Gaulle en 1943, c’est le moment de vous remercier pour l’action que vous avez conduite avec courage et obstination pour conserver la mémoire de la Résistance et de la Déportation dans notre département, et ici même. Fils de résistant de Moncoutant, arrêté par les Allemands et interné après avoir été torturé à la Pierre Levée, puis déporté d’un camp de concentration à l’autre pour terminer sa vie sauvagement  assassiné au commando de Hradistko rattaché au camp de Flossenbürg. Michel Clisson est Président de l’Association Nationale des anciens déportés et de leur famille de Flossenbürg. Il  a souhaité que j’évoque quelques faits dont j’ai été le témoin pendant la Résistance. J’en ai retenu trois, l’un à caractère politique, le second au sujet de la création du maquis Fernand-Groussard, le troisième plus personnel qui touche le père de Monsieur le Maire.Mon père, prisonnier de guerre, fut libéré de manière anticipée au printemps 1941 en tant qu’agriculteur et père de quatre enfants. En rentrant d’Allemagne, il trouva, accroché à la cheminée de la pièce commune, le portrait du Maréchal Pétain. Il fit la moue mais ne dit rien ne voulant pas blesser mon grand-père qui avait fait, comme beaucoup d’autres,  la guerre 1914-1918 dans l’infanterie, corps très meurtri dans ses effectifs, et avait une grande vénération  pour le Maréchal Pétain, tout en étant violemment anti-allemand. Le lendemain de l’occupation de la zone libre, je vois encore mon père monter sur une chaise, arracher le portrait de Pétain et le mettre au feu. Déjà engagé dans le mouvement Libé-Nord depuis le printemps 1941, s’appuyant notamment sur le réseau mutualiste, il appelait chacun au sursaut en faisant connaître la doctrine nazie imprimée dans « Mein Kampf » qu’il avait déjà lu avant la guerre. Il décida alors d’entrer dans la lutte armée.

                Un second exemple, Fernand Jousseaume, originaire des environs de Melle, fait prisonnier de guerre et évadé du camp disciplinaire de Rava Rousskaia en Pologne, entra immédiatement dans la Résistance. Il cherchait un chef selon ses dires, les écrits de l’époque et ce que j’ai vécu. C’est ainsi que dans le jardin familial de notre propriété à Saint-Martin-les –Melle, mon père accompagné de ma mère, résistante elle-même, et de Fernand décideront ensemble de rassembler les hommes déjà groupés autour d’eux pour former le maquis Fernand-Groussard. En fin de conversation, mon père vint me chercher et annonça à Fernand que je serai son agent de liaison. Les rôles étaient répartis. Fernand dirigerait sur place le maquis, mon père, chef de l’armée secrète du secteur D des Deux-Sèvres , commanderait l’ensemble.

                C’est à ce titre que, parmi d’autres missions,  je fus chargé par mon père, de transporter des armes destinées au maquis depuis la maison familiale où elles étaient dissimulées jusqu’à La Pommeraie. Arrivé sur la place du village, trois hommes m’attendaient, j’avais instruction de remettre les armes à Michel Eprinchard, votre père, Monsieur le Maire. Je le vois encore se saisir du sac de jute où étaient emballées les armes, fixées sur mon porte-bagage de vélo, et sans autre échange de mots que merci et bon retour, nous nous sommes quittés.

En ce lieu et cet instant, on ne peut oublier que les références mémorielles à la guerre 1914-1918  ne sont pas transposables à la guerre de 1939-1945. La Résistance était un combat à la fois militaire et idéologique : chasser les occupants de France et combattre avec autant d’ardeur et de détermination la doctrine nazie. Un combat unique par sa forme et son ampleur dans l’histoire de France et porteur d’un triple message : un message collectif, un message qui s’adresse à chacun de nous et particulièrement aux jeunes, une leçon pour le futur.

Un message qui s’adresse à tous, c’est celui que nous recevons ensemble réunis autour de cette stèle pour son inauguration.

L’entrée dans la Résistance était un engagement volontaire et personnel,  l’engagé acceptait en toute conscience de prendre des risques et de mettre sa vie en danger. C’est cette attitude qu’entend transmettre le Concours national de la Résistance et de la Déportation en s’adressant aux élèves des lycées et collèges. Membre du jury national pendant dix ans et portant régulièrement témoignage dans les lycées et collèges - et tout récemment encore au lycée Condorcet à Paris-, je suis heureux de constater que beaucoup de jeunes trouvent dans ce passé une forte référence pour préparer leur avenir. Ils sont plus conscients des défis à relever et prêts à les surmonter que l’on l’imagine souvent. Ce qui  nous invite à inciter tous ces jeunes à participer au Concours National, préparés à concourir par les enseignants.

Qu’est-ce que résister aujourd’hui ?   Devant les défis gigantesques que le pays et l’Europe doivent relever, nés des révolutions de tous ordres en cours et toutes à portée éthique, on ne peut reconstruire une société nouvelle en restant les bras croisés, en se bornant à consommer. Plus on attendra pour engager ce combat et plus il sera difficile de dénouer cette crise existentielle. Dans cette période de notre histoire, c’est un message d’espoir que j’entends livrer aux jeunes : prenez à bras le corps votre destinée avec optimisme, enthousiasme et courage comme vos aînés l’ont fait en entrant dans la Résistance. La France a besoin d’un supplément d’âme, vous saurez vous jeunes, plus indépendants des règles de la société que ma génération ou la précédente lui apporter ; j’en suis persuadé.