Conservatoire de la Résistance
et de la Déportation des Deux-Sèvres  
 

Cliquez ici pour modifier le sous-titre

                         Sainte-Eanne, 27 mai 2016, journée de la Résistance

L’école publique de Sainte-Eanne a pris le nom de Suzanne et René Marsteau et l’espace mairie-salle des fêtes celui d’espace Edmond-Proust.

Vendredi, la journée nationale de la Résistance avait été choisie par le maire, Patrice Auzuret, et son conseil pour attribuer un nom de baptême à l'école et à la mairie-salle des fêtes. Moments intenses émaillés de beaucoup d'émotion ressentie par la population lorsque le parcours des trois résistants a été retracé avant que deux plaques ne soient dévoilées et des gerbes déposées. Les élèves ont chanté. L'école et l'espace mairie-salle des fêtes ont pris le nom de trois enseignants mais aussi farouches défenseurs des libertés et qui ont œuvré au sein de la Résistance. Après le témoignage d'anciens élèves sur les époux Marsteau qui ont mis l'accent sur « les compétences multiples et le dévouement de leurs instituteurs », le courage de l'enseignant a été mis en lumière par Michel Clisson, président du Conservatoire de la Résistance. « Raymond Marsteau a recherché un réseau de résistants aussitôt installé à Sainte-Eanne. Il a rencontré Marcel Chichery et Edmond Proust et a permis au réseau de se restructurer. Si le réseau manquait d'armes, les nombreux sabotages et la large insécurité infligés aux Allemands ont permis de ralentir leur armée. »

Franck Picaud, directeur académique de l'Éducation nationale des Deux-Sèvres, a insisté sur « ces trois enseignants qui ont su sensibiliser, prévenir et rassembler les jeunes autour des valeurs de la République. Tous les trois ont montré qu'il ne faut jamais reculer sur nos engagements fondamentaux. La citoyenneté ne peut faire l'économie du passé car la connaissance est non seulement une force mais une chance pour les élèves. Delphine Batho, députée des Deux-Sèvres, a rendu hommage à Suzanne Marsteau, « à ces femmes engagées dans la Résistance de l'époque dont on parle peu. Il n'y a eu que 1.036 Grand-Croix de la Libération avec seulement deux femmes. Suzanne était une cheville ouvrière bienveillante pour chacun ». Et de souhaiter « que son nom inspire les générations futures afin que nos enfants puissent devenir des citoyens libres ». NR extrait

Extrait du discours de Michel Clisson, président du Conservatoire de la Résistance et de la Déportation

Les Marsteau : ce couple d’instituteurs, après avoir été déplacé d’office de l’Ecole d’Amailloux pour réticence à l’application des directives de Vichy, enseigne à Sainte-Eanne depuis la rentrée scolaire d’Octobre 1942. Leur nouvelle installation terminée, René Marsteau s’est mis sans délai à la recherche d’un réseau de Résistance avec l’intention de s’y engager. Cette démarche le conduit à rencontrer Marcel Chichery, lui-même professeur à Saint-Maixent l’Ecole, responsable régional du mouvement « Libération ». Après ce premier contact, son intégration se confirme très  vite et le couple est totalement impliqué dans  ce réseau. René Marsteau, bénéficiant de ses antériorités militaires, devient le lieutenant « Cavour », chargé du recrutement et de l’encadrement des nouveaux membres. Après le démantèlement dans le nord du département par la Gestapo en Août 1943, de la première équipe du réseau OCM, une deuxième vague d’arrestations le  18 février 1944 décapite totalement l’Etat major qui avait été constitué sous l’autorité d’Edmond Proust. Au terme de cette période douloureuse, tout est à reprendre. Est-ce la chance ou leur extrême prudence, René Marsteau et plus encore Edmond Proust avec l’aide de complicités locales  sont passés à travers les mailles du filet.  Ce sera donc  pour ce dernier et sous le pseudonyme de « Chaumette »,  qu’il poursuivra sa mission,  retiré du monde le jour à la « Bidolière » mais passant ses nuits avec René Marsteau à l’école de Sainte-Eanne , où il se rend par des sentiers et des petits chemins forestiers. Peu à peu, la structure départementale reprend forme et quand a lieu le débarquement en Normandie, plus de deux mille hommes sont prêts à l’action. C’est  donc une activité clandestine très dense qui, pendant sept  mois, a été gérée de Sainte Eanne, mais avec un problème majeur limitant l’action : le manque d’armes et de munitions.  Il faut se souvenir, en effet, que les Allemands, au moment des arrestations, ont récupéré une grande  partie du matériel parachuté en I943 par les Anglais. Et pourtant Edmond Proust n’a pas manqué de renouveler sa demande auprès de plusieurs hauts responsables de l’action résistante qui sont passés par Sainte-Eanne durant cette période. C’est finalement le major anglais Witty et le Lieutenant des F.F.L. Rimbault, récemment  parachutés dans notre secteur, qui seront les intervenants auprès de Londres,  pour déclencher les parachutages tant espérés.  Dans cette période très tendue de l’été 1944 où les divisions allemandes stationnées dans la zone sud de notre pays s’efforçaient de rejoindre le front de Normandie, la liste des interventions de nos groupes de Résistants dans ce   département est longue. Il n’y a pas eu d’opérations spectaculaires, mais à travers coups de main et sabotages, une large contribution à ce climat d’insécurité et de désorganisation qui a considérablement ralenti  l’armée allemande et facilité d’autant la réussite du débarquement des alliés.