Conservatoire de la Résistance
et de la Déportation des Deux-Sèvres  
 

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                                     LAGEON, 2 octobre 2016

                         Lageon, le devoir de mémoire

Depuis  68 ans, le premier dimanche d’octobre, les résistants et leurs familles se retrouvent devant le monument de Lageon qui perpétue à tout jamais la mémoire des résistants du Nord Deux-Sèvres qui ont donné leur vie pour que vive la liberté. Les 53 noms gravés à tout jamais dans le dur granit du monument de Lageon, perpétuent à tout jamais le souvenir de ceux qui n’abdiquèrent pas. Cette année encore plusieurs dizaines de personnes venues de tout le département avaient fait le déplacement. De nombreuses personnalités, étaient présentes au nombre desquels la député Delphine Batho, Gilbert Favreau président du Conseil Départemental, les sénateurs Philippe Mouiller, Jean-Marie Morisset, le général Guy Rocher et  la Sous –Préfète de Parthenay Cécile Zaplana. Une cérémonie simple mais émouvante, ponctuée par des textes lus par les jeunes lycéens de Pérochon. Le maire Yann Martineau a rappelé le sacrifice des sept habitants, six agriculteurs et un instituteur, du village, arrêtés et disparus dans les camps: «  ils furent des bâtisseurs de paix » Son discours fut un message d’espoir pour l’avenir, d’unité, de rassemblement et de tolérance.

La nouveauté pour cette année, pour la première fois la parole est donnée aux familles de victimes. Gérard Talbot a lu le message de sa fille Clémence qui fut lauréate au Concours de la Résistance et aujourd’hui avocate dans la province du  New-Brunswick. Elle est l’arrière petite fille de Joseph Potiron, résistant, disparu à Buchenwald. Une cérémonie toujours aussi émouvante, ponctuée par le "chant des partisans" suivi du "chant des marais", magnifiquement interprétés par Dominique Boutin-Garcia et l’appel des 53 noms des déportés disparus par Gabriel Cailleau et son fils. 

Extrait NR  Jean-Claude Giraud

                                                                               Texte de Clémence Talbot

            Je m’appelle Clémence Talbot.

 Je suis l’arrière-petite-fille de Joseph Potiron, membre du réseau de résistance Organisation Civile et Militaire. Il avait répondu avec ses camarades à l’appel de la BBC      « Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là ».

Ils avaient réceptionné et caché deux tonnes d’armes. Sur dénonciation, Joseph Potiron a été arrêté et torturé par la Gestapo avant d’être déporté en Allemagne avec ses camarades. Il est mort à l’âge de 51  ans, le 14 juillet 1944,  dans le camp de Buchenwald, suite aux morsures d’un chien  d’un garde du camp.Ses derniers mots, un ancien déporté me les a confiés.

 Ils ont été pour sa femme!

 Il est mort loin d’elle, loin de ses enfants, loin de sa ferme. Loin de la France.Il est mort pour la France, pour son village, pour sa famille.

Que me reste-t-il de mon arrière-grand-père?  Une plaque sur la tombe de mon arrière-grand-mère? Une photo jaunie?De vieilles histoires qui peuvent nous sembler aujourd’hui irréalistes?

Il me reste une dette!

 La dette que je dois à ma grand-mère, sa fille, qui n’a pas eu la chance, comme moi, et comme beaucoup de jeunes filles françaises de vivre une adolescence insouciante.  Il me reste la dette que je dois à mon arrière-grand-mère, sa femme, qui a dû voir l’homme qu’elle aimait être arrachée de ses bras, sans pouvoir lui dire au revoir.

Enfin, il me reste la dette que je dois à lui, mon arrière-grand-père pour le sacrifice qu’il a fait. Je lui dois, et à tout ceux de ma famille qui n’ont pas eu la chance que nous avons de vivre dans un pays en paix, de traverser les obstacles que la vie met sur mon chemin avec force et dignité, sans plier.

 Je lui dois d’avancer et refuser la fatalité, comme ils l’ont fait avant moi. Je lui dois de croire à mes convictions, de me battre pour elles, sans jamais renoncer.

Le jour où je suis devenu avocate et membre du Barreau du Nouveau-Brunswick, province Canadienne, en 2015, j’ai eu une pensée pour lui.

Je lui dois cet accomplissement, et j’espère que de là où il est, il me regarde et est fière de ce que son arrière-petite-fille a accompli.

C’est ce que nous devons aux déportés de France : une dette, une promesse.

 J’ai promis à mon arrière-grand-père que : S’il n’en reste qu’un, je serais celui-là.

                                                                                                                       Clémence Talbot  Fredericton  Canada Septembre 2016