Conservatoire de la Résistance
et de la Déportation des Deux-Sèvres  
 

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                                                     L'Absie, 24 aout 2016

Le 24 aout 2016, une plaque hommage au gendarme Henri Jore a été dévoilée sur la place de L'Absie.



RAPPEL DES EVENEMENTS VECUS DU 24 AOUT 1944 témoignage de Henri JORE, Maréchal des Logis Chef de Gendarmerie à l'Absie en Août 1944.

Le 23 Août 1944  dans l'aprés midi, un groupe de combattants F.F.I s'arrête à l'Absie où passait chaque jour  convois et voitures ennemies. Une partie du groupe entre au café BONNET (existant à cet époque en haut de la place). L'autre partie du groupe, armé entre autre d'un F.M s'installait en position d'attaque devant l'entée des Halles, surveillant ainsi le carrefour central.
 Trois voitures Allemandes venant de Vendée se dirigeant vers Parthenay vinrent à passer. Elles furent prises sous le feu des deux groupes, l'une fut incendiée et son occupant périt carbonisé sur le carrefour, à l'entrée de la rue de Niort. Les deux autres voitures purent fuir : l'une vers Parthenay, où d'après renseignements elle fut arrêtée par le maquis de Secondigny, l'autre vers Niort signalant l'attaque dont elle venait de faire l'objet.
Le 24 Août à 13 heures : une troupe allemande venant de Parthenay, composée d'une quarantaine d'hommes avec cinq véhicules, dont un camion équipé d'un canon lance-flammes, signale son entrée en ville en tirant des coups de feu de toutes parts. Cette troupe s'arrête sur la place et s'informe de la résidence du Maire. Ce dernier étant absent, une voiture se rend à la Gendarmerie. Prévenu de leur arrivée par des coups de pieds frappés dans ma porte et voyant plusieurs canons de fusils braqués vers les fenêtres, je suis allé ouvrir. Me présentant militairement, je leur ai demandé ce qu'ils désiraient. Ils étaient trois et m'ont demandé : " où est le Maire ?" J'ai répondu que je l'ignorais. Ils m'ont indiqué leur voiture et m'ont invité à les suivre. Descendant de cette voiture sur la place où le détachement était rassemblé, j'ai constaté que trois civils étaient alignés, les mains derrière la tête. Une porte et des vitres du café MITARD (café des sports) étaient enfoncées et des militaires avec en mains des grenades incendiaires l'entouraient. Un officer venant à ma rencontre me dit :"Monsieur, on à tiré hier de cette maison, nous allons la brûler et trois otages seront fusillés". Je lui ai répondu fermement que c'était faux, on avait pas tiré de cette maison et qu'il allait commettre une grave erreur. Je lui ai dit que l'attaque avait eu lieu hier par des terroristes de passage et qu'il n'en existait pas à L'Absie. M'ayant demandé des preuves, je lui ai indiqué où se trouvaient les terroristes (devant les Halles) et lui ai fait remarquer les traces de balles rue de Niort.                                                   Puis étant revenu sur la place, j'ai reconnu parmi les militaires, un gradé qui était passé antérieurement plusieurs fois à la brigade pour des contrôles. M'adressant à lui, je lui ai dit: "Vous savez bien, vous qu'il n'y a jamais eu de terroristes à L'Absie." Il m'a répondu "Ya, à L'Absie nixe terroristes". Il y eut alors une conversation entre les gradés. Puis les trois otages furent libérés et les militaires entourant le café Mitard furent invités à rentrer dans le rang. Deux voitures chargées de soldats ont alors quitté la place et sont allés disposer des sentinelles autour de la ville.  Après leur retour, le commandant de la troupe me dit :" Où est la voiture incendiée hier et ou est le cadavre ?". J'ai répondu que je l'ignorais mais qu'un gendarme planton à la Brigade le savait. Regardant alors sa montre il m'a dit :"Si dans un quart d'heure le cadavre n'est pas trouvé, nous brûlons la localité". Il m'a fait accompagné à la Brigade par deux hommes en armes et le gendarme NEANT nous a alors accompagnés. C'était ce gendarme aidé par un camarade, qui le 23 au soir avait retiré le cadavre de la voiture incendiée et après l'avoir recouvert d'un linceul, l'avait placé à l'entrée du bois de Madame GUEPIN parmi les fagots.

Nous fûmes invités tous les deux à monter dans le camion qui s’est dirigé vers le lieu indiqué. Mais à un détour du chemin, la voie était obstruée par une voiture en travers du passage, un homme mort à l’intérieur et trois roues crevées par balles. Le gendarme et moi avons redressé la voiture pour le passage du camion. D’une voiture qui nous suivait les Allemands sont descendus. Ils ont fouillé la voiture et le mort. Après le chargement du cadavre Allemand dans le camion, ils ont crié : «  Chef, venez le reconnaître ! ». Je m’y suis rendu, le mort était dans le fossé, la face contre terre; je l’ai retourné. Après examen j’ai dit aux Allemands: « je ne le connais pas, il n’est pas de L’Absie. » Chose que j’ignorais.Ils m’ont alors remis les papiers découverts sur le défunt et j’ai constaté qu’il s’agissait de de Bernard de Gaillard, résidant à Mouillerons en Pareds.
Puis, invités à les suivre, nous sommes revenus sur la place. Se préparant à repartir, le commandant de la troupe m’a dit : » Au moindre incident, nous revenons et brûlons la localité et les habitants ». en sortant de la localité ils ont pourtant été attaqués par des combattants F.F.I. mais ils ne sont pas revenus.
Ils emmenaient dans une de leur voiture un ouvrier jardinier, Monsieur TALLON, qu’ils avaient arrêté au cour de leur tournée autour de L’Absie. L’ayant fouillé ils l’avaient trouvé porteur d’une cartouche de pistolet (qu’il avait ramassé sur le chemin). L’ayant emmené avec eux jusqu’à Parthenay, il nous a expliqué après son retour que les Allemands avaient été attaqués au Bois de la Baubière de Vernoux en Gâtine et qu’ils avaient huit tués et quelques blessés.
La voiture transportant et où fut tué Bernard de Gaillard venait du Bourgneuf. Elle avait été attaquée par deux Allemands au carrefour de la rue du cimetière par laquelle le conducteur s’était engagé pour fuir les Allemands. Il a abandonné son véhicule sur le chemin ou s’élève la stèle à la mémoire de Bernard de Gaillard.
Monsieur CANTET, Louis, expert-géomètre à Talence de L’Absie, ayant voulu quitter son domicile, avait été tué par une sentinelle postée sur le pont du tramway qui surplombait à l’époque la route de Largeasse près de la Morinière.