Conservatoire de la Résistance
et de la Déportation des Deux-Sèvres  
 

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Extraits du discours de Jean-Luc Cartron pour la commémoration de son grand-père Marcel Chichery.        Saint-Maixent, juin 2014  

 

  

 Marcel Chichery, est, au moment de son arrestation, le responsable régional de Libération Nord, l’un des mouvements de résistance les plus importants en zone occupée. Marcel Chichery est également entré à l’état-major de l’Armée Secrète dans les Deux-Sèvres, Armée Secrète que dirige, sur le plan départemental, Edmond Proust (connu pour l’heure sous le pseudo de Gapit) et, sur le plan régional, jusqu’à sa propre arrestation en janvier 1944, par le général Faucher. Marcel Chichery est aussi, depuis décembre 1942, agent de la Confrérie Notre-Dame Castille, que dirige sur le plan régional son beau-frère, mon grand-oncle Emile Bèche. L’action de Marcel Chichery au sein de la résistance reste mal connue, mais semble pour l’essentiel avoir été liée à l’organisation, la coordination et le renseignement, et c’est notamment par son entremise que Libération Nord recrute le général Faucher en janvier 1943.

Marcel Chichery est un enfant du pays, né à Pamproux le 25 novembre 1910, ayant grandi à Lezay. En octobre 1926, il a débuté ses trois ans de scolarité à l’école normale de Parthenay, scolarité qu’il a ensuite prolongée à Rennes puis à Saint-Cloud, où il a obtenu son professorat en 1932. Bientôt, Marcel Chichery devient un enseignant remarquable, aimé de tous, dont les étudiants disaient volontiers qu’ils buvaient ses paroles, se passionnant pour ces cours de sciences naturelles, de physique et de chimie, ou de maths. Marcel Chichery est également devenu chercheur en géologie. Ses recherches sur des gisements de la Vallée de l’Ardoisière près de Vichy, leur datation, la description de leur faune fossile, conduisent bientôt à la publication d’articles notamment dans les Comptes Rendus de l’Académie des Sciences (en 1938) et les Mémoires de la Société Géologique de France, et sur présentation des professeurs Jean Jung et Maurice Roques, Marcel Chichery devient à l’âge de 27 ans membre de la Société Géologique de France lors de la Séance du 21 février 1938. Marcel Chichery est aussi officier de réserve. Lors de la mobilisation en 1939, il a été rappelé à l’activité militaire avec le grade de lieutenant. Il est affecté à la 3e batterie du 147e Régiment d’Artillerie Lourde. Le groupe de batterie auquel il appartient est déployé dans le Secteur Fortifié d’Altkirch, tout proche des frontières suisse et allemande dans le Haut Rhin, son secteur étant placé sous le commandement de la VIIIe Armée. Son rôle stratégique est d’empêcher une éventuelle manœuvre de débordement de l’ennemi au cas où celui-ci violerait la neutralité suisse; il protège Belfort en tenant les hauteurs à l’ouest de la ville de Bâle. La batterie de Marcel comporte un  canon de 155 mm situé le long de la ligne de défense principale et prenant notamment en ligne de mire les ponts de Bâle. Il va même en assurer le commandement provisoire « dans de bonnes conditions. 

Vers 7 heures du matin le 18 février 1944, une traction avant noire s’arrête ici, devant le domicile des Chichery, rue des Petites Boucheries à Saint-Maixent. Il a neigé un peu pendant la nuit. Il fait froid. Des agents de la police allemande, la SIPO frappent à la porte de la maison et, une fois entrés, posent quelques questions à Marcel Chichery avant de le sommer de les accompagner. D’une fenêtre du premier étage, Jacqueline sa femme entrevoit le départ de son père, “J’assiste pétrifiée à ce départ, envahie par l’impuissance d’un retour en arrière. » 

De Saint-Maixent, Marcel Chichery va être conduit à la prison de la Pierre-Levée à Poitiers, devenue prison allemande ou se pratiquent au quotidien les interrogatoires musclés quand ce n’est pas la torture.

Puis en mai 1944, Marcel Chichery est transféré au camp de Royallieu à Compiègne. Le le 4 juin 1944,  ils sont 2062 à partir de Compiègne vers l’Allemagne. Puis, arrivés à Neuengamme, camp de concentration et d’extermination, c’est l’expérience de la faim, du travail forcé, des pendaisons publiques accompagnées d’une joyeuse musique, et des brutalités. Le 30 juin, il part alors avec environ 300 autres déportés vers un camp de travail satellite de Neuengamme. Il s’agit de Stöcken, camp de travail situé dans la banlieue de Hanovre .

Le 7 avril 1945, alors que l’armée américaine était maintenant toute proche d’Hanovre, les Nazis décidaient d’évacuer le camp. Une partie des déportés partirent à pied en direction de Bergen-Belsen. Les autres, dont Marcel Chichery, ceux qui ne pouvaient plus faire de longue marche, furent évacués le lendemain à bord d’un train.

Le 9 avril, le train se trouvait immobilisé en gare de Mieste. Le 11, alors que les survivants restaient sans eau et sans nourriture, les déportés étaient cette fois jetés sur des charrettes tirées par des chevaux. Leur destination finale : Gardelegen, ville au-delà de laquelle les attendait une grange dans laquelle tous allaient être conduits pour y être brûlés vifs, le 13 avril. Marcel Chichery, on le sait, était encore en vie le 10 avril 1945 vers 22 heures. Les chevaux ne pouvant plus tirer les charrettes, les déportés de Stöcken, bien que malades et à bout de force, furent contraints de continuer à pied. Ceux qui ne pouvaient plus suivre furent alors abattus par les SS. Marcel Chichery atteignit-il Gardelegen ? Parmi les Français dans sa charrette, trois ou quatre furent après coup identifiés parmi les victimes de l’horrible crime perpétré par les Nazis à Gardelegen.